Pourquoi cette chanson ?
J’ai écrit cette chanson en pensant à un enfant que j’aime profondément. Un enfant gentil, serviable, ambitieux, avec des rêves comme les autres, mais qui porte aussi un trouble que l’on ne voit pas au premier regard. À l’école, les résultats ne racontent pas tout ce qu’il est. Et dans la vie non plus.
Comme beaucoup de jeunes, il a voulu trouver sa place, entrer dans un groupe, être accepté. Une mauvaise décision, une petite bêtise pour suivre les autres… et soudain, les choses ont pris une dimension qu’il n’avait certainement pas imaginée. La justice est entrée dans sa vie.
C’est là que je me suis posé beaucoup de questions. Comment un enfant que l’on connaît gentil et serviable peut-il se retrouver sur un chemin pareil ? À quel moment n’avons-nous pas vu qu’il cherchait simplement sa place ? Et surtout, comment l’aider sans réduire toute sa personne à ce qu’il a fait un jour ?
Ses parents étaient là. Ils l’aimaient, l’accompagnaient, cherchaient des solutions. Mais aimer très fort un enfant ne donne pas toujours les clés pour comprendre ce qui se passe en lui.
Je n’ai pas écrit cette chanson pour nier sa responsabilité ni pour excuser sa bêtise. Je l’ai écrite parce qu’un enfant est toujours beaucoup plus que son erreur, son dossier, ses difficultés scolaires ou son trouble. Derrière tout cela, il reste un jeune qui doit encore grandir, apprendre, trouver sa place et construire sa vie.
Il n’est pas devenu un problème.
Il est devenu, un moment, la conséquence de tout ce que nous n’avions peut-être pas su voir à temps.
Paroles
Tu vois
il y a des enfants
qu’on n’entend pas
Pas parce qu’ils n’ont rien à dire
Mais parce qu’ils ont compris
très tôt
que ça ne servait à rien
Lui
c’était ça
Un p’tit gars poli
doux
respectueux
Le genre d’enfant
qui dit bonjour
Le genre d’enfant
qui ne dérange pas
Et pourtant
il y a des choses
que les gens ne voient pas
Des troubles
silencieux
invisibles
Pas écrits sur le visage
Mais bien là
Il était entouré
aimé
suivi
Mais parfois
même quand on fait tout
ça ne suffit pas
On dit qu’ils vont bien
Parce qu’ils ne crient pas
Mais il y a des silences
qui sont déjà des chutes
On lui a retiré son refuge
Correctement
Logiquement
Mais dans un enfant
la logique
ne protège pas
Je l’ai vu
Essayer de tenir
Je l’ai vu
pousser des portes
trop grandes pour lui
Je l’ai vu courir
pas après des bêtises
après du calme
Courir après du calme
Alors il est sorti
juste pour respirer
Mais dehors
il y a toujours quelqu’un
Pour repérer
Pas les faibles
les accessibles
Ils l’ont vu
Pas parce qu’il était mauvais
Parce qu’il était
en difficulté
Et après
on l’a déplacé
Un endroit
où l’on reste
Rester
sans comprendre
sans avancer
Et là-bas
on apprend
à tenir
À suivre
À s’adapter
Et lui
il a appris
Alors aujourd’hui
on le regarde
Et on dit
« Il a changé »
Non
Il fait avec
Avec ce qu’il porte
Avec ce qu’on n’a pas vu
Et ses parents
ils étaient là
Ils ont aimé
accompagné
cherché
tenu
Mais parfois
l’amour ne suffit pas
quand le monde autour
ne suit pas
Le vrai problème
il n’est pas dans cet enfant
Il est dans ce qui est invisible
Ce qu’on ne voit pas
Ce qu’on ne comprend pas
Et qu’on laisse
avancer seul
Et un jour
on appelle ça un problème
Alors que c’était
un appel
qu’on n’a pas entendu
Ce n’est pas lui
qui a changé
C’est nous
qui n’avons pas su
voir à temps
Il n’est pas devenu un problème
Il est devenu
la conséquence
