Pourquoi cette chanson ?
J’ai écrit « La poudre » en pensant à tous ces jeunes que la drogue entraîne peu à peu ailleurs. Au début, les changements sont parfois presque invisibles. Puis viennent les absences, les mensonges, les regards qui changent, les mains qui tremblent… et une famille qui assiste, souvent impuissante, à la chute de quelqu’un qu’elle aime.
Pour raconter cette histoire, j’ai choisi le regard d’une mère. Parce que là où les autres voient parfois un drogué, un délinquant ou un garçon qui « a mal tourné », elle continue de voir son enfant. Celui qu’elle a bercé, celui qui avait peur de l’orage, celui qu’elle voudrait encore pouvoir ramener à la maison.
Cette chanson ne cherche pas à nier la responsabilité de celui qui se perd dans la drogue. Elle pose simplement une question : avant de juger quelqu’un qui tombe, avons-nous essayé de comprendre ce qui l’a conduit jusque-là et de lui tendre la main pendant qu’il était encore temps ?
Parce que derrière une addiction, il y a une personne. Et derrière cette personne, il y a souvent quelqu’un qui continue de l’aimer et d’attendre son retour.
Paroles
On disait :
« C’est un garçon difficile »
« Il finira mal »
« Il traîne avec les mauvais »
Mais moi
je voyais encore l’enfant
qui dormait contre mon épaule
quand il avait peur de l’orage.
Et pendant qu’on jugeait ses yeux rouges,
personne ne voyait
tout ce qu’il portait déjà
au fond de lui.
Au début,
ce n’était presque rien.
Des nuits plus longues,
des silences,
des absences au matin.
Il disait :
« T’inquiète maman,
je gère encore. »
Comme tous ceux
qui tombent doucement
sans entendre le sol.
Moi, je voyais ses mains trembler.
Son regard partir ailleurs.
Et cette façon de sourire
comme pour étouffer sa peur.
Les voisins parlaient.
Les gens savaient.
Tout le monde voyait bien
qu’il se noyait.
Mais dans ce monde
où chacun détourne les yeux,
on regarde tomber les gens
comme un spectacle silencieux.
Vous l’avez vu tomber
mais qui l’a retenu ?
Qui lui a dit :
« Reste encore un peu parmi nous » ?
Parmi nous
reste encore parmi nous
Qui a pris le temps
d’écouter ses nuits,
avant que la poudre
lui vole sa vie ?
Parmi nous
reste encore parmi nous
Vous l’avez jugé si vite
comme on ferme une porte.
Mais un enfant qui se perd,
c’est souvent le monde
qui l’abandonne d’abord.
Sa chambre sent encore
le tabac froid
et les rêves cassés.
J’ai gardé ses vieux dessins
dans une boîte
que je n’arrive pas à fermer.
Parfois je parle toute seule.
Je lui dis :
« Tu vois,
le jardin fleurit encore. »
Et puis je m’arrête
comme si le silence
venait de me répondre.
On construit des prisons,
des lois,
des discours pleins de colère.
Mais qui apprend encore
à sauver
ceux qui n’ont plus de lumière ?
On traite les blessures
comme des fautes.
On cache les pauvres,
les cassés,
les autres.
Et quand ils disparaissent,
on dit juste :
« C’était écrit. »
Non.
Rien n’était écrit.
Vous l’avez vu tomber
mais qui l’a serré contre lui ?
Qui a entendu
ce cri muet dans la nuit ?
Reste encore
reste encore parmi nous
Moi, je l’aimais encore
quand il ne s’aimait plus.
Même perdu,
même brisé,
même quand il ne revenait plus.
Parce qu’une mère
ça continue d’attendre,
même quand il ne reste
qu’un prénom
dans le vent.
Et certains soirs
je laisse encore la lumière du couloir allumée.
On ne sait jamais.
Parmi nous
reste encore parmi nous
Peut-être qu’un enfant perdu
cherche encore
le chemin de la maison.
